SAINT JULIEN
 
 
 

29/03 - 16/03


 
 
"En la cité de Trèves, capitale de la Gaule Belgique, qui fut fondée par Trebeta, frère de Ninus, roi d'Assyrie - s'il faut en croire les vieilles histoires - et qui fut évangélisée par Valère, disciple du bienhenreux Pierre, il y eut un évêque, du nom de Léonce, homme distingué par la noblesse de sa race et la gravité de ses moeurs, appliqué aux saintes oeuvres et désireux, de cultiver la vigne du Seigneur, par l'extirpation de l'idolâtrie, jusque dans les contrées les plus lointaines. Il avait un disciple admirablement vertueux, Julien, très-diligent imitateur d'un si bon Maître.

Or, saint Léonce, qui savait qu'une partie des Gaules était livrée au culte des démons et qui, dans sa grande douleur, trouvait injuste et indécent que le Prince des Ténèbres régnât sur les créatures de Dieu, apprit que le pays de Béarn (Patria Bearnica), loin d'avoir reçu l'Evangile du Christ "qu'on y avait semé de mille manières", gémissait encore dans la fange des superstitions et de l'incrédulité. Un jour donc, que le bienheureux Julien était auprès de lui, il lui parla en ces termes: 
"Bienheureux Frère, il nous faut observer les préceptes du Seigneur, et, pour l'éternelle récompense, travailler beaucoup dans la vigne du Christ. C'est pourquoi, ô homme excellent et très miséricordieux, écoutez mes conseils et ceignez vos reins; hâtez-vous et courez pour amener à la religion véritable ce peuple qui sert les démons ".

Le bienheureux Julien brûlait lui-même du désir d'arracher à la gueule du dragon les âmes que le Christ a rachetées de son sang. Docile aux avis de son maître, il prit avec lui deux prêtres, Austrilien et Alpinien, et se mit en route avec autant de joie que de promptitude.
Mais bientôt il advint que l'un de ses compagnons, Austrilien, passa de vie à trépas. Sur quoi, le bienheureux Julien, rebroussant chemin, courut en toute hâte raconter son malheur au serviteur de Dieu. Celui-ci lui dit : "Repartez au plus tôt, et, prenant en main mon bâton, vous en toucherez le cadavre de votre frère défunt". Julien repartit, et, arrivé au lieu où le prêtre Austrilien avait été enseveli, il toucha du bâton, suivant la parole de l'homme de Dieu, le corps du défunt qui revint à la vie. Alors, redoublant d'ardeur, le bienheureux Julien continua sa route. Enfin, il arriva à Beneharnum; il y confessa le Nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, y enseigna hautement la Loi de Dieu, et, par sa douceur non moins que par ses miracles, il amena à la Foi du Christ la nation béarnaise, si grandement aveugle jusque-là.
Les miracles, en effet, vinrent confirmer la prédication du bienheureux Julien. Il guérit un boiteux, du nom de Citernanus, et ses 2 fils; il donna la vue à 3 frères, aveugles de naissance, Arnilien, Nicet et Ambroisien; purifia 2 lépreux, Valentin et Urbain; rendit l'ouïe à 4 sourds et sauva 7 hommes dont les eaux du Gave emportaient la nacelle.

Dieu voulut donner une vierge martyre à cette Eglise naissante. Une noble fille, nommée Valérienne, avait été promise en mariage à un Gentil; mais comme celui-ci, résistant aux conseils de Julien, ne voulut pas abjurer ses faux dieux, Valérienne refusa de l'épouser; ce que voyant, le jeune homme donna la mort à sa fiancée, qui obtint ainsi 2 couronnes, l'une blanche pour sa virginité, l'autre de pourpre pour son martyre.
C'est de cette manière que le bienheureux Julien conduisit à la vérité le peuple du Béarn et qu'il fonda une nouvelle Eglise, dont le siège épiscopal fut fixé dans la ville qui porte maintenant le nom de Lescar (1). Cependant, le saint évêque de Trèves, Léonce, avait entrepris, malgré son extrême vieillesse, le pélerinage du tombeau de saint Jacques. Sur sa route se trouvait la cité de son disciple. Il s'y arrêta, et, quand il vit les triomphes remportés par Julien sur les ténèbres de l'erreur, il rendit à Dieu d'immenses actions de grâces, puis continua son pieux voyage, en traversant la cité d'Iliuro et la vallée d'Aspe.

A son retour, Léonce repassa par Beneharnum, où il sentit s'affaiblir ses membres octogénaires. Bientôt l'agonie sedéclara; il reçut les Sacrements du Seigneur; on vit une nuée blanche envelopper son lit, et il rendit son âme à Dieu, en proférant de saintes paroles. Le bienheureux Julien lui lit de magnifiques funérailles, que Dieu illustra par des miracles, entre autres la résurrection de 3 morts et la guérison de 10 aveugles. Au moment où le clergé entonnait l'Office des morts, une voix d'Ange se fit entendre, disant avec transport: " Réjouissez-vous dans le Seigneur ", comme pour déclarer que, de prier pour le Saint, c'était lui faire injure"